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Roy G Sfeir

Bhibbak ya Libnan !
Liban je t'aime !

 

Ce qui affleure

Les œuvres de Roy Sfeir se forment comme l'eau, goutte après goutte. Elles s'écoulent, passent, se transforment. Chaque trace devient mémoire de passage, plutôt qu'une forme fixe, à l'image du temps qui avance sans retour. L'eau devient ainsi une manière de penser le monde, l'œuvre, le lieu de ce qui échappe au regard.

    À première vue, certaines toiles obéissent à une logique géométrique : lignes verticales, horizontales — comme un désir d'ordonner le visible, de lui donner un cadre. D'autres, au contraire, laissent cet ordre se dissoudre dans des surfaces où la couleur se déploie, se mêle. La peinture s'y dépose, couche après couche.

    L'œuvre de Roy Sfeir s'inscrit dans l'abstraction contemporaine, à la croisée de plusieurs courants, et dialogue avec les marines de Gerhard Richter.

    On y retrouve ces strates de couleur, denses, qui s'effacent et se recomposent, non pour représenter quoi que ce soit, mais pour faire de la couleur une présence autonome. Dans ce mouvement, l'artiste ne cherche pas à tout maîtriser : il laisse au processus une ouverture où le hasard s'infiltre.

    Dans ces écoulements, ce qui se fissure dans le monde n'apparaît pas comme un événement, mais comme une trace. Ce qui se fissure ne disparaît pas ; il se transforme. Ainsi, l'art atteint ces moments d’incomplétude originelle sans passer par le récit des faits, mais par ce qui s'en échappe. Comme l'eau, il ne retient rien : il passe, et laisse une empreinte.

    Le sensible et l'humain se rejoignent alors dans un même horizon. L'expérience humaine, dans l'œuvre de Roy Sfeir, ne se donne pas. Elle affleure. Non comme récit, mais comme trace : signe de ce qui a eu lieu et ne revient plus. Ce qui demeure n'est pas l'événement, mais le frémissement qu'il dépose dans l'âme, comme dans la matière qui en prolonge l'écho.

Issa Makhlouf

27 Avril 2026

 

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